travail

Bonne journée, Miss Pettigrew !

Le travail n’est pas un conte de fée…  En guise d’illustration : Miss Pettigrew’s finest hour, très joli film britannique du cinéaste Bahrat Nalluri, sorti en 2008 et ressorti voilà peu en format DVD. Il met en vedette Frances McDormand et Amy Adams, pour un tandem superbe dans le Londres de 1939.

L’héroïne Miss Pettigrew est une gouvernante douée d’humour, de personnalité, de morale et d’un grand coeur, – quitte à privilégier le dévouement envers les enfants qu’elle sert (et envers son propre principe de respect de leurs personnalités), plutôt qu’envers leurs parents employeurs…

Une anti-héroïne ? Sentiments véritables contre semblants du travail.

Miss Pettigrew commence donc le film à la rue, sans paiement de ses derniers gages, le ventre vide, après avoir été renvoyée une fois de plus. Dans la bouche de sa dernière patronne, il y a cette phrase très drôle tant elle évoque Mary Poppins et se révélera en outre prémonitoire : « On m’avait prévenue que vous étiez la gouvernante du dernier recours… »

Suite à un subterfuge de ceux dont usent les survivants, Miss Pettigrew sera réembauchée finalement le matin même, par une femme légère qui cache ses origines sociales misérables sous un pseudo ridicule et une vie de starlette. Les deux femmes vont s’entendre, se comprendre, s’aimer d’amitié, enfin trouver chacune « l’amour véritable », au milieu de cercles sociaux superficiels voire décadents, – et en dépit d’eux.

Au travail, la critique sociale. À l’amour, la possibilité du conte. Une leçon de cinéma !

Or, en trouvant le grand amour, chacune en vient, au terme du scénario, à abandonner sa vie professionnelle du moment : chanteuse dans un cabaret tenu par un patron despote pour la starlette, domestique à gages pour Miss Pettigrew. Dans les deux cas, le metteur en scène montre le soulagement des héroïnes, en dépit des ambitions initialement portées avec zèle par les deux femmes dans leurs professions respectives : devenir une actrice célèbre ; faire son travail convenablement et en honnêteté.

Ainsi finit donc la terrible journée de Miss Pettigrew, dans un happy end romantique. Conte de fée bien sûr… Du moins l’amour se prête-t-il au conte de fée, pas le travail, insiste le film, portant ce constat cinématographique sous les traits d’une Frances McDormand magnifique ! Car au final, seul l’amour, c’est-à-dire la pure relation privée, intime, affranchie enfin des interactions ordonnancées du travail et des faux-semblants sociaux, peut sauver la mise… Au travail, la critique sociale. À l’amour, la possibilité du conte. Une leçon de cinéma.