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Cinq Femmes d’Aujourd’hui

Voilà peu, j’étais de nouveau avec bonheur en formation juridique à l’ASFORED, un organisme de référence dans les métiers de l’édition. Nous étions cinq stagiaires femmes qui avaient convergé là ce jour pour nous former aux subtilités les plus actuelles des contrats en droits d’auteur, notre thème. Cinq profils professionnels divergents pour un même champ de métier, l’édition, et une même compétence, le « droitdauteur ». Cinq profils si disparates entre eux. Cinq histoires de travail. Je vous raconte.

La première stagiaire, la plus ancienne peut-être d’entre nous, tricotait son métier d’accompagnatrice d’auteurs sous le ciel gris et bas du Nord, se désolant de sa non reconnaissance professionnelle, de son statut précaire et de ses revenus faibles, espérant obtenir à terme une reconnaissance statutaire et salariale meilleure.  Elle parlait aussi roman noir et critique sociale, et puis des auteurs si marginaux qu’elle coachait, non moins marginaux d’ailleurs que leurs éditeurs, d’après ses récits. Un monde en soi.

La seconde, plutôt executive woman d’avenir, habitait à la frontière suisse et avait débarqué le matin même de Genève, pour la journée. Cadre d’une entreprise du secteur médical qui lançait sa propre collection de livres, elle apprenait toutes les ficelles du métier avec rapidité et méthode, s’enthousiasmait sur les projets de livres en cours, – des témoignages terribles de malades, – avec une amusante fierté, tout à la fois sensible et « corporate ».

La troisième travaillait à Paris pour la Documentation Française, éditions publiques d’éminente qualité, un gage de sérieux par excellence… une excellence cependant menacée par les coupes budgétaires toujours grandissantes, au grand désarroi des salariés. « Serviteuse » de l’Etat, au sens noble de la culture française en ce domaine. Digne, réservée, très amicale.

La quatrième enfin, la plus jeune, se voyait toujours bohème, comme une « IP » qu’elle n’était pourtant plus depuis peu (IP= »intello précaire ») : elle travaillait désormais à la promotion régionale du livre en Languedoc-Roussillon. Non moins passionnée, cultivée et superbement pro déjà, elle s’excusait pourtant presque encore de son CDI lorsqu’on voulait admirer en elle la femme de compétences. « IP » dans l’âme encore et toujours, autre façon de vivre le livre et se vivre socialement, de manière comme délibérée et théorisée, aux antipodes de la première de nous ici décrite…

J’étais la cinquième, journaliste reconvertie au service client en milieu d’entreprise au sortir d’un épisode professionnel en coopération internationale qualifié « d’humanitaire » par mes coachs de patrons (je travaille actuellement dans un cabinet d’accompagnement de cadres supérieurs), ce qui me fait sourire. Faisant depuis bien longtemps, principalement ou à la marge, métier d’écriture de diverses manières. Ayant traversé tant de cercles sociaux et professionnels déjà, sans plus savoir auquel moi-même j’appartiens !

Cinq femmes d’aujourd’hui, avec une sixième femme pour formatrice ce jour-là, réunies pendant quelques heures de plaisir en partage et de connivence chaleureuse, cinq femmes dont les routes ont de nouveau divergé ensuite.  À chacune, mon souvenir et mon salut.

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