travail

Raide fringue de mon job

L’alternative est-elle entre la garde-robe et le placard ? Contre le BCBG et ses faux QCM, oser un CQFD sur les valeurs du labeur et la séduction de l’esprit…

D’après une annonce reçue via le web 2.0, qui vend un séminaire consacré au look professionnel: on dépenserait plus en période de crise pour son habillement au bureau. Cela, chacun le sait d’instinct: pas sexy, mal soigné, vous serez peut-être le prochain sur la liste des départs forcés…

Hélas ! Connaissez-vous le prix d’une paire de bottes en cuir? Le vrai tarif d’un coiffeur régulier ? Le coût des produits de beauté de qualité ? Je me refuse à détailler, car vous finiriez par deviner mon niveau de salaire, ce qui serait préjudiciable à ma négociation avec vous lorsque nous aborderons le volet financier, sur lequel je serai intraitable…

Depuis ma propre embauche à mon dernier poste, celui qui m’a fait vous solliciter pour certains sur LinkedIn, je dépense en tout cas un pourcentage invraisemblable de mes nouveaux revenus pour m’habiller, me coiffer, me maquiller et me chausser. Jusqu’à présent, je considérais cela comme un exercice de socialisation accélérée positif pour l’ex-travailleuse indépendante que je suis. Et comme un investissement objectivement utile. J’ai plutôt eu l’habitude par le passé en effet des séminaires ramassés sur une petite semaine entre deux vols et trois enfermements volontaires, planchant le reste du temps à domicile nuit et jour, avec sur moi une paire unique de jeans et un paletot parfaitement idéal… Mon budget allait alors aux livres, que j’avais davantage le temps de lire puisque je prenais moins soin de moi !

Aujourd’hui ? Au plaisir de mes premiers investissements succède de plus en plus le doute… Sauf que je veux garder mon job, qui est intéressant. Les livres attendront-ils désormais ma retraite? J’en rêve déjà… J’aborderai ce jour de haute Culture, c’est certain, sociabilisée de pied en cap, le teint radieusement lumineux, la silhouette starlettement dessinée, la bouche éternellement lisse et la ridule divinement figée, sans le moindre cheveu blanc aux tempes grâce aux teintures pour blondes platine ou brunettes en or… J’espère néanmoins emmener un bon vieux parchemin relié plutôt qu’un rouge à lèvres dans la tombe. Les vers apprécieront.

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