travail

Raide fringue de mon job

L’alternative est-elle entre la garde-robe et le placard ? Contre le BCBG et ses faux QCM, oser un CQFD sur les valeurs du labeur et la séduction de l’esprit… D’après une annonce reçue via le web 2.0, qui vend un séminaire consacré au look professionnel, on dépenserait plus en période de crise pour son habillement au bureau. Cela, chacun le sait d’instinct : pas sexy, mal soigné, vous serez peut-être le prochain sur la liste des départs forcés…

Hélas ! Connaissez-vous le prix d’une paire de bottes en cuir ? Le budget d’un coiffeur régulier ? Le coût astronomique des produits de beauté réputés ? Je me refuse à détailler, car vous finiriez par deviner mon niveau de salaire, ce qui serait préjudiciable à ma future négociation avec vous…

Depuis mon embauche à mon dernier poste, je dépense en tout cas un pourcentage invraisemblable de mes nouveaux revenus pour m’habiller, me coiffer, me maquiller et me chausser. Jusqu’à présent, je considérais cela comme un exercice de socialisation accélérée et un investissement objectivement utile.

J’ai plutôt eu l’habitude par le passé en effet des reportages ou séminaires ramassés dans le temps, planchant sinon à domicile, avec sur moi une paire unique de jeans et un paletot très idéal… Mon budget allait alors aux livres, que j’avais davantage le temps de lire puisque je prenais moins soin de moi !

Aujourd’hui ? Au plaisir de mes premiers investissements succède de plus en plus le doute… Sauf que je veux garder mon job, qui est intéressant. Les livres devront-ils ma retraite ? J’en rêve déjà… J’aborderai ce jour de haute culture, c’est certain, sociabilisée de pied en cap, le teint radieusement lumineux, la silhouette starlettement dessinée, la bouche éternellement lisse et la ridule divinement figée, sans le moindre cheveu blanc aux tempes grâce aux teintures pour blondes platine ou brunettes en or…

J’espère néanmoins emmener un bon vieux parchemin relié plutôt qu’un rouge à lèvres dans la tombe. Les vers apprécieront.