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Les savoirs mobilisables

En parcourant des forums liés au langage de programmation java, j’ai lu ce commentaire au premier abord surprenant : les élèves sont plus nombreux qu’on n’imagine à apprendre sans pratiquer… en l’occurrence, à étudier java sans jamais écrire une ligne de code en-dehors de leurs bancs d’école et des travaux pratiques imposés.

Cela me renvoie à ma propre expérience de formatrice confrontée à de jeunes journalistes âgés de 20 à 30 ans et formés en alternance avec spécialisation « web » : pour ceux que j’ai rencontrés, ils n’ont jamais, majoritairement, tenu encore de blog et ils sont encore moins nombreux à avoir appris les moindres rudiments de CSS, malgré la passion évidente qu’ils entretiennent pour leur métier.

Il ne s’agit ni de moraliser, ni de se plaindre, encore moins de se moquer ou se gargariser. De plus, chaque discipline a ses particularités, et chaque élève, son histoire.

Dans le cas du journalisme par exemple, la contrainte économique ainsi qu’un snobisme culturel encore lent à se déliter détournent les nouveaux venus d’une immersion réflexive et active dans les nouveaux canaux de l’information.

Mais je ressens ici le besoin détailler la surprise initiale ressentie à l’identique dans le cadre de ces deux exemples, particulièrement frappants : une jeune génération présentée en général comme particulièrement à l’aise parmi les environnements technologiques et informatiques ; un enseignement à vocation pratique, dont on imagine qu’il a été choisi sur la base d’un intérêt initial réel, tourné vers des applications immédiates.

Notre culture de l’apprentissage est collectivement à revoir

Alors, d’où vient ce que je perçois en dépit de tout comme une étrange  « timidité » commune à ces cas ? Ces élèves se sont-ils fourvoyés dans le choix de leur formation ? Celle-ci a-t-elle échoué à leur donner goût à la mise en pratique ? Ont-ils choisi d’être formés précisément par peur de ne pas « savoir faire », sans sortir pour autant de cette peur ?

Plutôt que de vouloir « gaver » au maximum les étudiants, soucieux nous-mêmes peut-être de « bien faire » et de ne pas « être pris en faute » dans l’accomplissement d’un programme donné, nous devrions plutôt nous assurer que nous accompagnons effectivement les jeunes gens dans une prise en main autonome de leurs savoirs en cours d’acquisition.

Encore faut-il pour cela nous-mêmes sans doute, enseignants et formateurs, ne pas leur laisser miroiter la même anxiété de « ne pas savoir », et ne pas nous enfermer dans la tour d’ivoire d’un savoir sans cesse « à démontrer ».

Décloisonner pour rendre accessible, et mobiliser avant tout, voilà le seul programme qui tienne, afin de faire de chacun de nos élèves des autodidactes aguerris pour le restant de leur vie, – car c’est bien le but de toute formation, et non pas de rendre captifs les « consommateurs-élèves » de formations tarifées futures choisies simplement pour remplir des cases et faire passer plus vite un temps devenu insaisissable, futile et vain.