formation

Concertation marathon sur l’école et incertitude sur la place de l’apprentissage

Extrait du site officiel refondonslecole.gouv.fr (calendrier)

Cela a un air d’états généraux, le nom mis à part… Le choix a porté en effet sur « concertation » : la « concertation sur la refondation de l’École de la République »,–  ou « concertation sur l’école » en abrégé.
Le candidat François Hollande avait bien annoncé que l’éducation serait un des grands chantiers de son quinquennat s’il venait à être élu. Et déjà nous y voici.
François Hollande élu président, une des premières grandes mesures aura donc été la suppression des vacances d’été pour les spécialistes et personnels de l’éducation… Blague à part, il faut bien constater que le chantier est mené au pas de course, dans une saison où les enseignants (qui ne sont bien sûr pas les seules parties prenantes) ont de fait bien peu l’occasion de se concerter (voire ont besoin, eux aussi, de se reposer). Sans doute sommes-nous restés sous l’effet dopant des Jeux Olympiques de Londres.

Cahiers de doléances et conclusion symphonique prévisible

Car tandis que les contributions concertatives se font concurrence avec célérité sur le site officiel, délicieusement complétées en tambours et trompettes par un reader’s digest hebdomadaire des « contributions des internautes » ayant quelque faux air de cahier de doléances, la fin forcément symphonique s’annonce déjà, sous la forme d’un rapport à venir et d’un projet de loi à peine plus lointain. Nous verrons s’envoler alors les partitions en même temps que tomber les feuilles d’automne, sans aucun doute.

Et pourtant, l’été même studieux, pas plus qu’il ne favorise les échanges entre enseignants, n’est guère non plus propice à l’activation efficace de la chambre d’écho médiatique et de débats grand public. Vouloir agir vite, certes, est un signe politique. Mais l’annonce d’une série de lois s’égrenant au fil du quinquennat aurait pu être envisagée aussi. Nous verrons donc en marchant, c’est-à-dire une fois achevée la grande course de cet été bien athlétique, pour quelle stratégie le gouvernement optera ensuite.

Un problème de mémoire ?

Dans cette Concertation, le thème de l’apprentissage en tant que tel, trop rattaché soudain dans son image à la présidence précédente, effleure ici avec peine, malgré une tradition d’intérêt marqué à gauche aussi (Cresson, Bérégovoy, Jospin, voire… le Rapport Attali de 2010). C’est du reste au détour de la publication institutionnelle cnractu@ de juin-juillet (n°102) que j’apprends de mon côté l’annonce de l’abrogation à venir de la loi sur l’alternance dite « loi Cherpion » du 28 juillet 2011, au-delà de l’annulation déjà actée de la disposition qui avait été la plus polémiquée (l’accès au dispositif DIMA pour les jeunes de 14 ans ayant fini leur 3e). Et pendant ce temps, sur la page thématique officielle correspondante de la Concertation, la sélection de documents annexée comme « documents de référence » présente un corpus de premier choix, mais où l’on ne retrouve pas trace de rapports liés à la présidence précédente.

Certes, le candidat Hollande avait répondu pendant la campagne à l’interpellation de la FNADIR (Fédération nationale des associations régionales des directeurs de centres de formation d’apprentis) par une lettre exposant en quelle profonde estime il tenait l’apprentissage, et listant des suggestions d’évolution en phase avec les visées actuelles, telles qu’on peut les retrouver par exemple dans le contenu de Contrats d’Objectifs et de Moyens pluriannuels signés entre l’Etat et les Régions. Il rappelait aussi clairement son souhait, inverse annonçait-il du candidat Sarkozy, d’empêcher « la mise en concurrence – voire la substitution – de l’apprentissage avec la voie professionnelle en lycée », également de « garantir que les matières fondamentales et générales enseignées y soient de qualité ».

Des défis et et des urgences

Contre un discours libéral mais aussi une société consumériste qui minent les valeurs humanistes et l’enjeu citoyen de l’école, la tentative symbolique de la Concertation transparaît. Il s’agit de se réapproprier l’école au coeur de la République, en tant que bien commun, pour une visée supérieure collective. De souder des citoyens et les familles autour de la jeunesse. Par ailleurs, prévenait Le Monde dans un papier intitulé « Une concertation très encadrée », il est annoncé seulement une concertation limitée, destinée à permettre au gouvernement de trancher ensuite, non une consultation, encore moins de la cogestion. Mais les esquives ou passes d’armes à fleurets mouchetés politiques et la rapidité de l’ensemble risquent-ils de n’aboutir qu’à des mesures insatisfaisantes ou mal suivies ? Accessoirement, quelles répercussions cette tergiversation d’une présidence à l’autre sur les objectifs de l’apprentissage pourrait-elle avoir peut-être sur les liens entre milieux éducatifs et entreprises, toujours plus étroits dit-on sur le terrain quand il s’agit de faire progresser ensemble l’apprentissage au profit des apprentis ? Jeunes, entreprises et formateurs ont besoin de savoir vite vers quels horizons ils se dirigent. Il en va de la signature des contrats et des stratégies des jeunes. Alors, oui, peut-être, la rapidité d’action gouvernementale aura ici déjà du bon.