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Assises du journalisme 2014 : responsables mais pas précis

journaux« Responsables ? » Le débat d’ouverture qui a inauguré les Assises du Journalisme en fin de semaine dernière à Metz avait pour thème la responsabilité des rédacteurs en chef et des journalistes. Le débat a brassé de nombreux thèmes et perspectives. Le blog de RFI Atelier des Médias, sous la plume d’Amaury de Rochegonde, dresse ainsi une liste des thèmes abordés lors du débat, et cette liste ressemble à un inventaire à la Prévert. Son titre de billet : « la responsabilité de diriger des journalistes ».

 La polysémie du mot est étonnante, et le sujet, si sensible, qu’on se demande pourquoi la problématique n’a pas été resserrée. Tout le monde y gagnerait. La responsabilité ainsi déclinée se dilue dans tous les sens. Où est sa consistance ? Seules les angoisses des médias du temps présent finalement transparaissaient.

Je me souviens d’années extraordinaires où la responsabilité était au cœur de notre métier de journalistes, à chaque instant de la chaîne de fabrication de l’information, dans les médias de droite comme de gauche, dans la presse généraliste comme dans la presse spécialisée. Dans le moindre souffle de rédacteur en chef, de journaliste, de correcteur, de maquettiste, — du comité de rédaction préliminaire aux ultimes instants des ajustements en maquette. Nous étions souvent en colère, lors des conseils de rédaction. Nous étions souvent bouillants, lors des changements de dernière minute en maquette. Mais c’étaient des colères, malgré des airs parfois immatures, qui se nourrissaient de la conscience de notre responsabilité.

Une femme cadre me confiait l’autre jour des souvenirs équivalents, remontant pour elle aux débuts de son entreprise, avant que celle-ci ne grossisse : l’impression d’être partie prenante d’une aventure collective qu’il fallait maîtriser tous ensemble de bout en bout. De l’envergure en somme, du panache. De la férocité aussi, de celle qu’on investit pour le meilleur afin d’être à la hauteur de l’enjeu. Une férocité intellectuelle faite d’intelligence collective et de garde-fous communs.

J’ai dirigé des équipes, mais j’ai surtout travaillé pour des rédacteurs et rédactrices en chef que j’admirais. Leur plus extraordinaire qualité, chez celles et ceux auprès de qui je suis restée : leur capacité à faire tampon avec les (tentatives d’)influences extérieures pour que nous, leurs journalistes, puissions faire notre métier dans les conditions les meilleures. Une responsabilité écrasante, qu’ils tenaient tels des titans. La responsabilité était d’abord une notion partagée, et un cadeau réciproque démultiplié.  Nous étions abrupts parfois peut-être, mais nous formions une communauté de sens.