travail

Hommes, femmes et les deux côtés de la work-life balance (Rambo 5)

Week-end sans mon gamin en cette veille de rentrée scolaire, – j’aurais préféré nos conversations ados, une promenade en forêt, quelques moments télé partagés et des repas plus conviviaux, mais qu’importe, c’est l’occasion de me reposer : planning des prochains mois, montagne administrative, train de provisions, ménage express, lessives courantes, repassage à la chaîne, – un bac complet, filière classique, série ménagère, mention « repassable »… Sounds familiar? You might be a working mum, or just a single parent. Heureusement, les podcasts m’accompagnent. Les bons comme les mauvais. Les bons m’enthousiasment, les mauvais m’instruisent et parfois même me tirent de ma torpeur survoltée à la poudre de lessive (s’améliorer par les contre-exemples… learn from others’ mistakes!).

Un sursaut, fer à repasser en main : deux coachs nord-américains discutent du métier. L’un d’eux liste avec gourmandise les appellations connexes susceptibles de caractériser son audience miroir : mentor, consultant, self-entrepreneur… – et soudain il s’esclaffe bruyamment : « ah yes! And mom entrepreneur! » Puis il ajoute, parce qu’il doit estimer qu’il ne peut rire cinq minutes d’affilée à l’antenne, et qu’il entend bien se hisser jusqu’à la hauteur épique d’une blague fédératrice : « …whatever it is! » (en français : « quelle que soit la définition de ce terme » ou « je ne sais trop ce que ça veut dire en fait ! »).

Des Editions Harlequin à Rambo

« Mom entrepreneur » (« entrepreneure et mère ») a parfois été un cri de guerre marketing lancé par des femmes prises dans l’aventure du web. C’est surtout un mot de ralliement pour de nombreuses travailleuses indépendantes, un vocable tour à tour identificateur, consolant et remotivant. Un terme qui murmure à l’oreille de celles qui savent entendre une histoire. Ou comment faire des choix forts et concilier ambitions et famille à partir d’un diagnostic ancré dans la chair, – certains témoignages de femmes brillantes changeant leur fusil d’épaule après une carrière en entreprise, tels ceux recueillis dans le livre magnifique Mummy Wars, sont ici édifiants.  Oui, « mom entrepreneur » est une définition assumée par celles à qui Lean In, le best-seller international de la cinquième femme la plus puissante du monde selon Forbes, j’ai nommé Sheryl Sandberg, – livre quand bien même dévoré, quand bien même admiré, – évoque un simple fantasme à l’eau de rose façon éditions Harlequin. Parce que beaucoup de mom entrepreneurs sont seules matériellement ou statutairement sur le front domestique. Qu’on ne se méprenne pas : le veuvage récent de Sheryl Sandberg les rend certainement tristes pour la plupart, si la nouvelle leur est parvenue. Sheryl Sandberg était une héroïne exemplaire dans un conte de fée sous emphétamines. Il eût été merveilleux qu’elle y reste pour continuer de nous faire rêver à l’identique.

Revenons à mon insipide podcast : le comble est qu’il portait sur l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, la fameuse « work-life balance » des anglophones.  Deux hommes de carrière (ou de l’ancienne génération…) discutant du sujet ? En tête des conseils prodigués est revenu le fameux leitmotiv : prenez du temps pour… jouer avec vos enfants ! Surveiller leurs interminables devoirs, leurs fréquentations nombreuses et leur redouté surf Internet, gérer leurs activités et sorties hebdomadaires, leurs rhumes et leurs chagrins, leur linge, leurs repas quotidiens et leur équilibre alimentaire global, être présent-e lors de leurs accidents de parcours, manœuvrer avec eux parmi les occasionnels récifs et suivre l’administratif subséquent, jour après jour, heure après heure, en un rythme rapide et imposé auquel on ne peut déroger… ? Non. Jouer seulement. Tout un programme certes, mais une petite case seulement dans l’emploi du temps réel hebdomadaire.

Deux genres de work-life balance ?

Mes deux pros du micro (ou devrais-je dire mes deux preux demi-creux) ne sont peut-être pas des parangons de notre société entière. Mais pas non plus des spécimens uniques. Généralisons un instant et complétons leur discours, car il y manque une part d’humanité me semble-t-il :

Vous êtes un homme : la work-life balance évoque encore majoritairement pour vous le souci de passer du temps avec votre progéniture, – nouveau trait de société en réalité installé désormais (nous passons plus de temps qu’il y a 40 ans avec nos enfants car nous considérons que c’est indispensable à leur épanouissement, révèlent les études à la mode sur le sujet). Bref, soyez in !

Vous êtes une femme : la work-life balance, c’est d’abord s’interroger sur les moyens de parvenir à une carrière satisfaisante en termes de rémunération ou de responsabilités tout en évitant le burn-out personnel, la catastrophe professionnelle ou l’effondrement familial, sur fond probable de surcharge domestique voire de misogynie au bureau comme à la maison.

Équilibre entre vie professionnelle et vie privée ? Hommes et femmes ne se situent pas du même côté initial de la balance dans cette réflexion !

Chiche !

Examiné dans ce contexte, les mom entrepreneurs ont fait un choix compréhensible mais difficile avec le risque de solitude en prime, – tant le parcours d’entrepreneur implique production, gestion et vie sociale tout à la fois. Or, les mom entrepreneurs sacrifient typiquement la vie sociale en premier, faute d’alternative viable. De quoi s’esclaffer certainement, quand on est un coach soucieux de vie mondaine mariant (le mot est heureux) réseautage et paraître. Les mom entrepreneurs, quant à elles, réussissent sur le fil du rasoir, – ou bien rejoignent les rangs des travailleuses pauvres.

PMéroraison :

  • Femmes solos (oui, solos en tout, à la façon du pilote du Faucon Millenium !), soyez plus présentes socialement si vous espérez imposer votre crédibilité professionnelle. Remplacez la quantité par la qualité et la stratégie. Empêchez que votre vie sociale soit réduite à néant. Difficile, certes, mais rappelez-vous, pour les plus anciennes au moins, les paroles de Raymond Devos : « Trois fois rien, c’est déjà quelque chose ! »
  • Hommes et femmes ensemble, rappelons-nous que notre équilibre entre vie professionnelle et vie privée passe nécessairement par des compromis collectifs difficiles, – lesquels vont bien au-delà d’un simple coaching personnel et ont pour ultimes acteurs silencieux vos enfants (jusqu’à ce qu’ils se manifestent si bruyamment qu’il soit en partie trop tard). Cela oblige à des compromis dans le couple qui se heurtent encore à de trop nombreux égoïsmes et atavismes. 
sylvester-stalloneD.R.

N.B. (2019) : Ce post a été écrit longtemps avant que Rambo 5 ne soit tourné ou même envisagé. Il ne me semblait d’ailleurs pas alors même envisageable !

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.