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Environnement d’apprentissage personnel ou bootcamp ?

« Il n’y a point de méthode facile pour apprendre les choses difficiles. »

–  Joseph de Maistre, contre-révolutionnaire

« L’environnement d’apprentissage personnel est le nouveau sésame. »

–  Mantra contemporain

Si les formateurs et enseignants apprécient massivement Joseph de Maistre, c’est sans doute un peu pour son nom, et pour cette citation. Un de nos enjeux récurrents est d’insister en effet sur le sens de l’effort chez nos apprenants tout en nous efforçant, nous, dans des moments d’ambition ou d’orgueil, un peu des deux sans doute, d’être néanmoins pertinents, drôles, enthousiasmants, et j’en passe. De quoi s’épuiser le neurone, c’est certain. 

C’est pourquoi les modes pédagogiques trop criantes nous enthousiasment et nous désespèrent tout à la fois. Bref, je vais vous parler des « environnements d’apprentissage personnel » (EAP), expression qui semble incolore, inodore, et qui pourtant a déjà sa page sur le Wikipédia francophone, c’est dire…

De mon côté, c’est lors d’une formation d’enseignants que j’ai découvert les EAP : nous étions tous là, motivés par le cours qui portait sur l’usage des technologies pour les évaluations ou bien sur les publics adultes en formation, je ne sais plus, et, motivés que nous étions, réellement malgré mon oubli du sujet, nous avons été invités à… créer chacun notre propre EAP en lien au cours : bref, concrètement, à installer en ligne un site web ou équivalent portant un environnement intégré partageable qui nous servirait de repère et d’outil dans notre propre apprentissage. C’était d’ailleurs même, je crois, l’une de nos tâches principales qui nous étaient demandées lors de cette formation de formateurs. 

Vous voulez connaître la suite ? (Apprenants et élèves, passez votre chemin en cliquant ici pour une bonne surprise, la suite est un secret professionnel honteux. Et si vous n’osez pas cliquer sur la surprise, allez directement plus bas à la liste de conseils qui vous sont adressés, tant pis pour vous.)

Nos vaillantes envies de tech et notre énergie à abattre dix deux programmes ou monter cinq huit vidéos…. se sont effondrées dans l’exercice. Nous avons pondu des sites poussifs, chétifs, abscons, clones les uns des autres, cahin-caha « créant » (le mot est bien mal choisi) nos rubriques de listes de ressources, de listes d’outils, de listes de sites de pairs, le tout entrecoupé de posts miséreux artificiellement rédigés. Un prof, il lui faut des apprenants qui l’embêtent pour qu’il se sente pousser des ailes et se trouve inventif ! Il lui faut du chahut ! Sinon, il regarde le tableau en se disant qu’il aimerait mieux aller boire un coup ou bêcher la terre.

Un EAP est intéressant dans le concept, mais il est difficile à réaliser sur commande. Peut-être est-ce une question de pratique. Ou bien une question de liberté maximale : chacun organise son environnement de travail comme il veut, à condition certes de piquer à l’occasion une idée, une astuce, un outil à son voisin. L’EAP sonne comme une idée neuve parce qu’il est généralement conçu grâce aux nouveaux outils des technologies de l’information. Mais un coin de bureau bien aménagé avec des étagères pour les livres et les cahiers, un pot de crayons et un paquet de fiches bristol, c’est aussi un « environnement d’apprentissage personnel » !

Menus conseils pour un bon EAP

L’environnement, c’est d’abord la quatrième dimension : le temps. Planifiez votre routine d’apprentissage autour de moments dédiés de votre semaine, particulièrement si celle-ci est chargée.

L’environnement, c’est ensuite la famille : négociez avec votre entourage la pleine reconnaissance de votre formation et la nécessité en conséquence d’aménager des habitudes collectives, que ce soit pour que vous soyez temporairement déchargé-e de certaines activités ménagères par exemple, être un peu moins sollicité-e par les amis, ou encore pour recueillir soutien et encouragements tout au long de la période.

Mes étudiants, quant à eux, aiment disposer d’outils qui permettent de réviser dans les transports en commun ou dans leur voiture. La virtualisation des supports, c’est la possibilité de réécouter une audio, bachoter son vocabulaire ou encore répondre à un quiz depuis son smartphone. Mais cela ne constitue cependant qu’un aspect de l’apprentissage… si vous le prenez au sérieux. Certes, il est enthousiasmant pour un formateur de voir les progrès et l’aisance de ses stagiaires lorsque ceux-ci ont pu revoir la leçon malgré leur vie de famille et leur emploi salarié.

Un apprentissage optimal demande en fait « un truc en plus », que les diplômés fraîchement sortis de leurs études et les adeptes de la formation continue connaissent bien : ORGANISER L’ESPACE ET LES DOSSIERS. Voilà qui vous aidera à passer du rang d’amateur éclairé flânant avec panache le long d’une route à flanc de colline… à celui d’alpiniste ambitieux.

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ESPACE, DOSSIERS : SOYEZ « METHODIQUES »

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Rangez votre bureau. Archivez les vieux dossiers, maniez l’éponge et la chiffon. Libérez une étagère. Recyclez des pochettes et cartons de dossiers. Étiquetez tout par matière ou sous-discipline,  organisez des pochettes séparées pour les exercices et leurs corrections, pour la documentation administrative, pour les fameuses « ressources complémentaires »…

Faites de même dans votre ordinateur.  Créez dès maintenant un ensemble de dossiers virtuels faciles d’accès pour vos leçons, vos communications, vos exercices… Assurez-vous d’une sauvegarde automatique, dans le cloud ou ailleurs (typiquement, dossiers Dropbox, Evernote, etc.). Si votre plateforme vous le permet, créez une série de tags associés, que vous réévaluerez après le début de la formation pour vérifier qu’ils répondent à vos besoins. Idéalement, créez les tags avec une première partie commune (ex. certif2X3.cours, certif2X3.exercice, certif2X3.exercice_solution, certif2X3.bases, certifC2X3.grammaire, etc.).

– Si vous devez utiliser des logiciels spécifiques, prévoyez du temps pour en apprendre le maniement.

Approvisionnez-vous enfin en boissons, café et autres barres céréales ou plaques de chocolat. Si nécessaire, et si possible, c’est le moment de faire vos courses en ligne avec des listes préétablies, en intégrant le surcoût entraîné dans le coût de la formation ! Entre famille et travail, vous n’aurez guère de temps pour ces détails matériels une fois les cours commencés !

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Mais l’environnement d’apprentissage personnel dans tout ça ?

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Certes, le d’environnement d’apprentissage personnel (EAP), pris dans son acceptation très fréquente d’espace web ambitieux et complexe que l’élève doit créer lui-même au service de sa formation, est à mille lieux des conseils triviaux énoncés ci-dessus, mais qu’importe : il ne correspond guère dans la réalité aux rythmes de vie de mes étudiants ni à leurs urgences…  Mais il faut en garder la substance : organisez-vous… Personnellement, à l’EAP, je préfère presque le concept un peu plus ancien de « bootcamp » (« camp d’entraînement »), terme piqué aux militaires par éducateurs et étudiants anglo-saxons. Derrière la parabole militaire se nichent en effet quelques idées ainsi compilables : une bonne condition physique et un bon mental sont nécessaires, il faut s’y préparer ; il vous faut anticiper quelques lourds efforts limités dans le temps, ainsi que les plaisirs associés à des prouesses bien réelles ; il faut considérer qu’il s’agit d’un « temps à part ».

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