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Oui, il faut connaître ses listes de vocabulaire

Même à l’époque de Google Translate ou Reverso, oui, il faut apprendre ses listes de vocabulaire.

Et non, l’idée que nous pouvons être connectés à une sorte de dictionnaire extérieur permanent tel un cordon ombilical, un memory stick branché sur notre cerveau grâce à un accès quasi permanent à la toile, là, tout au bout de nos doigts transformés en accessoires de smartphone, ne fait pas l’affaire de qui prétend apprendre une langue étrangère.

L’exercice est souvent pénible pour les apprenants adultes, plus encore s’ils ont une vie familiale et professionnelle accaparante. Ce n’est pas un argument valable, hélas, si l’objectif est pris au sérieux.

Apprendre une langue ne s’apparente nullement en effet à l’acquisition et l’assemblage d’un meuble de bibliothèque, où suivre les consignes suffit, ensuite bye-bye ! C’est en effet au contraire plus vaste et plus ambitieux : plutôt un édifice que l’on construit, et pour cela il faut beaucoup de matériaux, énormément de patience et un peu de réflexion et d’efforts. Il y faut surtout des fondations, des portes, si possible des fenêtres, des cloisons suffisamment solides, pourquoi pas quelques dépendances et un grenier, et une multitude de pièces variées et complémentaires, éventuellement sur plusieurs étages, – enfin des des canalisations, des tapis, des meubles et des décorations pour qu’on puisse y habiter et s’y sentir heureux, pour que l’expérience soit sensible et esthétique enfin. Il y faut encore ajouter la patine du temps, les ajustements et transformations au gré des modes et des époques, et même quelques couches de poussière pour « sentir que c’est vrai » et que la maison est vivante, – qu’on est, soi, vivant, dans une maison nouvelle où il fait bon vivre, rêver, se reposer.

Voilà où passent vos listes de vocabulaire, ensemble avec la pratique, les efforts, l’écoute, l’audace à parler, les projets. Voilà où passent les listes de vocabulaire. Dans les murs, les sols, les plafonds, les tableaux, le manteau de cheminée, les peintures et les marbres, peut-être aussi dans la cuisine équipée, le studio de musique au sous-sol et le grenier aux multiples trésors. C’est alors seulement, une fois lancé ce chantier avec l’envie de le finir un jour, que beaucoup d’entre vous commencent à oser spontanément regarder un texte, entendre une conversation, émettre une pensée, exprimer un besoin, formuler une opinion, déclamer un discours. Pas quand cette maison aux allures borgésiennes est achevée, car jamais elle ne l’est, mais lorsqu’elle a commencé de sortir de terre et que l’on sait qu’on aura envie d’y vivre. On y joue à la dînette, on y campe, mais on y est déjà heureux.

Sinon, l’apprenant sans vocabulaire est un errant à vie, seulement capable, au mieux, de décliner une conjugaison et trois règles de grammaire tel un pantin désarticulé. Construisez votre maison, apprenez votre vocabulaire !