Femmes en errance

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Un reportage d’un an, publié par bribes en divers endroits de la presse, en compagnie de la photographe Diane Grimonet qui m’avait entraînée avec elle au début. Il y aurait plusieurs publications à retrouver, et beaucoup à raconter sans doute. Objectivement, le travail a été fait, et il a été utile. Concrètement, nous étions des journalistes précaires et n’avions pas les moyens de faire plus que payer de temps en temps le coup, ou un peu plus certes, que ce soit en temps donné ou matériellement, et j’ai perdu la trace des unes et des autres, qu’elles étaient prêtes à perdre dès le départ, ainsi va la vie des fragilisés et des précaires. Déontologie ? Oui, il y en avait, sans règle, sans définition claire, mais du respect et de l’affection pour les gens du sujet, avec du temps, de la disponibilité, et du respect et de la rigueur pour les lecteurs, ce n’était pas difficile en soi. La question après coup, c’est toujours la qualité finale, ce qu’on aurait pu faire mieux, où pousser le scalpel, l’enquête achevée, l’article plus complet, plus utile.

J’ai eu des rédactrices et rédacteurs en chef souvent remarquables – je les choisissais ! – mais sur ce genre d’enquête, là où on apparaît comme des journalistes mûrs déjà à son entourage, il est utile d’avoir un temps réflexif au sein d’une rédaction. S’arrêter de courir. Les journalistes, les rédactions, manquent de moyens, manquent de temps, ce n’est pas le sujet ici, le sujet ce sont des femmes, mais les voyez-vous vraiment ? Leurs histoires, nous les connaissons bien plus loin que les mots jetés sur le papier. Elles nous traversent et laissent leur empreinte. Ce qui déstabilise peut-être, c’est de revoir les photos, celles des personnes, celles de leurs enfants. Que sont-ils devenus ? Une histoire c’est toujours en mouvement. Faire un portfolio est parfois tout simplement aberrant.